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Insolites

Ils voulaient s’envoler

Rien de drôle dans cette histoire. C’est en fait l’histoire cocasse de deux voyageurs. Ils avaient décidé de quitter le Chili et de retourner sur leur terre d’origine : la Palestine.

Tout était prévu : billets d’avion achetés, valises bouclées, derniers souvenirs saisis et paperasses administratives embarquées dans les bagages à main. A l’aéroport Arturo Merino Benitez de Santiago du Chili, ils procèdent à l’embarquement, s’installent à bord de l’avion et décollent.

Bien sûr, le trajet jusqu’à Bethléem n’est pas direct ; ils ont donc d’abord atterri à Madrid… et c’est là qu’a commencé leur aventure. Rien de drôle ? Et bien, être bloqué dans un aéroport étranger à l’âge de 80 ans, ça n’a « rien de drôle »…

Des papiers dans les soutes à bagages

Toufik (85 ans) et son épouse Nimeh (78 ans) sont véritablement coincés à Madrid, à l’aéroport. Que s’est-il passé ? Arrivant à Madrid Barajas, avec une compagnie aérienne chilienne, ils s’apprêtaient à rejoindre leur second vol avec la Royal Jordinian pour Amman, la capitale jordanienne.

Mais, l’employé de la Royal Jordinian, au bureau d’embarquement (M. O.), les arrêtent à la frontière : il prétend que leurs passeports palestiniens ne suffisent pas pour entrer sur le territoire jordanien. M. O. leur a donc demandé leur carte d’identité et leur autorisation de passage pour le pont Allenby (ces autorisations sont délivrées automatiquement avant le passage de ce pont ; sur simple présentation de la carte d’identité palestinienne). N’en ayant a priori pas besoin, nos deux voyageurs n’ont pris avec eux ni cartes d’identité, ni autorisations de passage pour Allenby.

De plus, ici surgissent de nouveaux problèmes : comment le Chili peut-il laisser passer des voyageurs « n’ayant pas tous » les documents nécessaires pour arriver à leur destination finale ? Et, si un Palestinien voyage entre un pays étranger et la Cisjordanie, son passeport suffit pour passer par la Jordanie.

Toufik essaya d’expliquer à M. O. pourquoi il ne pouvait pas présenter les documents demandés, étant habitué à la procédure. En effet, puisqu’ils n’avaient a priori pas besoin de leur carte d’identité, ils les ont mises dans leurs valises ; qui d’ailleurs étaient déjà dans les soutes à bagages de la Royal Jordanian…

Ni appel, ni hôtel

Au delà de la question administrative, cet épisode souligne des problèmes de respect de la dignité humaine. Pour le rappel, nos deux protagonistes ont 80 ans, et n’ont pas de visa leur permettant d’aller et venir dans l’espace Schengen. Ce qui implique qu’ils restent dans la zone internationale de l’aéroport.

Pas d’aide, pas de chambre d’hôtel. Ils ont presque dormi à même le sol en attendant le retour de leurs papiers déjà partis pour Amman. Impossible pour eux d’appeler leur famille, qui les attendait à l’aéroport jordanien. A Amman, obtenir des informations sur l’endroit où Toufik et Nimeh pouvaient être, relevait de l’impossible. A force d’appeler les représentants de l’Autorité palestinienne, leur famille a permis que leur attente à Madrid n’excède pas 24 heures

Pourquoi cette histoire ? Parce qu’au delà des manquements de rigueurs techniques, comme nous l’a rappelé le crash de l’Airbus de la Yemena, il existe aussi un manque de clarté et de cohérence de quelques compagnies aériennes. Un manque de traitement humain qui inspira un certain film de Spielberg, Le Terminal

Autre histoire de frontière, autre problème, relaté par un journaliste londonien.