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Politique

Le parcours du combattant

Il est 8h30. Le soleil est déjà très présent, réchauffant les visages. Il est même trop chaud : au bout de quelques instants, les visages perlent d’une fine sueur. Une douce journée s’annonce.

Et pourtant, devant la préfecture, ils sont déjà nombreux à faire la queue devant l’entrée. Certains sont arrivés il y a plus d’une heure. D’autres ont des béquilles. Des poussettes stationnent au milieu d’une forêt de jambes.

Et pourtant, la préfecture n’ouvre qu’à 9h00. Cette bonne cinquante de personnes ont un point commun. Rien à voir avec une passion pour les institutions locales de la République française. Juste une question de nécessités administratives.

Ces personnes, âgées de 7 à 77 ans, venant des 4 coins du monde, sont étrangères. Elles sont là pour diverses raisons : renouvellement du titre de séjour, mise en règle de paperasse d’anciens combattants pour la France, étudiants terminant leur cycle universitaire en France, … etc.

Des conditions d’attente… particulières

Mais pourquoi arriver une, voire deux heures avant l’ouverture de la préfecture ? En suivant Ramzi, un étudiant colombien, je vais vivre une étrange expérience.

Certes, les fonctionnaires de la préfecture (où qu’elle soit en France) ont la réputation d’être « calmes » et « posés ». Mais en s’insérant dans la colonne d’attente pour le « bureau des étrangers », on découvre une scène qui permet de relativiser la demi-heure d’attente (sur une siège) requise pour une carte grise.

Ainsi, à 9h00 les portes s’ouvrent, et le groupe s’engouffre à peu près calmement dans la préfecture. Ramzi est plutôt bien positionné dans la nouvelle ligne d’attente : à vu de nez, une vingtaine de personnes passeront avant nous. Oui, à vu de nez car contrairement au bureau pour les cartes grises, dans lequel est entrée une petite dizaines d’individus, le bureau des étrangers n’a pas de machine distribuant des tickets numérotés.

Qu’à cela ne tienne. Il suffira de repérer le visage de la personne devant soit pour ne pas s’y perdre. A ceci près que si la personne est un peu âgée, elle aura tendance à s’assoire sur l’un des dix sièges disposés le loin du mur. Oui, dix sièges. Pour une cinquante de personnes ; à 9 heures. Il est important de préciser l’heure, car la file s’allonge au fil des minutes.

Au milieu des personnes assises, une jeune maman et sa petite fille de 2 ans. Assez calme au début, la petite fille, après une heure d’attente, fini par pleurer. Pour la calmer, sa mère l’installe dans la poussette et fait des allées et venues, en dehors de la file, pour bercer la petite. Mais au bout de quelques minutes, un agent de police lui demande, sans négociation, de retourner dans la colonne d’attente. Tant pis pour les pleurs. Et tant pis pour les nerfs des autres personnes.

N’est pas fonctionnaire qui veut

Finalement, après un peu plus de 2 heures, il ne reste plus qu’un vieil homme devant l’étudiant colombien. D’ici, il est aisé de voir le bureau, ou plutôt le stand d’accueil des étrangers. Une personne seule les accueille. Outre cette aberration numérique, l’agent ne semble pas à l’aise avec sa fonction. La main frottant le menton, l’air inquiet et la bouche parfois béante, l’agent semble perdu à chaque mot prononcé par son interlocuteur. L’aide d’un collègue pour utiliser l’outil informatique vient compléter les hésitations à répétitions lorsqu’il s’agit de donner un formulaire.

Le vieil homme, un ancien combattant, s’avance vers le bureau. Au moment où il arrive, la fonctionnaire de préfecture, encore une fois seule personne en charge de ce bureau pour lequel désormais une centaine de personnes attendent de se présenter, s’éclipse.

A son retour, on aperçoit un gobelet dans sa main. Et l’homme se retournant avec un sourire malicieux, chuchote : « oui, c’est bien un café ».

Finalement, le tour de notre étudiant arrive. Il se présente, demande à changer de rendez-vous (chose impossible à faire par téléphone) pour un dépôt de dossier. Sans même regarder un agenda ou son écran d’ordinateur : « non, non. Il n’y a plus de place pour les 3 prochaines semaines ». Tout en insistant, Ramzi explique qu’on lui avait assuré, il y a 5 jours à peine, qu’il pourrait avancer le rendez-vous si son dossier était prêt avant le 30 juillet. « Non ». L’agent est formelle et semble le savoir de tête : le rendez-vous ne peut être avancé.

« Une matinée de perdue ». Voici la conclusion de l’étudiant, alors que je longe avec lui, une file d’attente allant de ce fameux bureau, jusqu’à la porte d’entrée de la préfecture.

Photo : Lionel Bonaventure

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